8-Jan-2010
Le bus de la sélection togolaise a été pris pour cible, vraisemblablement par une armée rebelle, ce vendredi, à son entrée en Angola. Le véhicule ralliait Cabinda (Angola) lorsque les joueurs ont été mitraillés par balles. Sept blessés sont à déplorer, dont deux joueurs. L'armée togolaise a pu escorter les joueurs et le staff vers l'hôpital le plus proche, mais ceux-ci pourraient déclarer forfait pour la compétition.
Une honte. Le bus de la sélection togolaise a été mitraillé à son entrée en Angola alors qu'il ralliait la ville de Cabinda, révèle RMC. Une agression ubuesque qui ébranle la planète du ballon rond, et qui tâche déjà de manière indélébile la Coupe d'Afrique des Nations 2010 qui devait être une fête.
Les joueurs et le staff, partis en début d'après-midi de l'hôtel dans lequel a dormi le groupe togolais jeudi soir, après un stage de quelques jours, à Pointe-Noire (Congo), rejoignaient l'enclave de Cabinda, via la route N4. C'est vers 15h15 que le véhicule aurait subi, ce vendredi, l'assaut d'une armée rebelle. L'avant du bus a été le plus sévèrement endommagé.
Dossevi: "Comme des chiens"
Le chauffeur, en première ligne puisque l'offensive a été menée de front, a été tué sur le coup. Du côté du staff, les quelques témoignages - essentiellement recueillis par RMC - divergent. Un membre de la délégation, l'entraîneur-adjoint et un médecin ont également été touchés. Un journaliste a aussi été sous le feu des tirs, mais il pourrait finalement s'agir de l'entraîneur des gardiens. Par ailleurs, deux joueurs sont gravement blessés. Il s'agit de Kodjovi Obilalé (gardien de but de Pontivy) et de Serge Akakpo (défenseur du Vaslui FC, Roumanie).
"On s'est fait mitrailler comme des chiens et on a dû rester 20 minutes couchés sous les sièges pour éviter les balles", a déploré Thomas Dossevi, le joueur du FC Nantes, sur les ondes de RMC. Avant de poursuivre pour Infosport: "Il y avait une mare de sang". L'armée locale a finalement pu rapatrier le bus vers l'hôpital le plus proche. Les joueurs étant dans un état plus grave seraient partis vers d'autres centres hospitaliers.
Cet incident extra-sportif, qui prendra à coup sûr une dimension internationale, remet en cause la participation des Eperviers à la Coupe d'Afrique des Nations 2010. Si Thomas Dossevi a avoué n'avoir plus envie de participer à la compétition, Alaixys Romao, l'attaquant du GF 38, a quant à lui fait savoir à Infosport qu'il était toujours motivé. Mais le staff et les joueurs devraient finalement prendre la décision de rentrer au pays, à en croire Richmond Forson. Reste à savoir à présent si ce n'est pas le déroulement de l'épreuve en elle-même qui devrait être remis en cause.
Repères historiques
Ancienne colonie portugaise, l'Angola devient un Etat indépendant en 1975. Mais le pays s'enfonce alors dans une guerre civile ethnique, qui devient même un enjeu de la guerre froide. D'un côté, le Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA), soit les métis et les citadins de la côte atlantique, soutenus par l'Union soviétique et d'autre part, l'Union pour l'indépendance totale de l'Angola (UNITA), mouvement regroupant surtout les Ovimbundus, peuple représentant 40% de la population, et appuyé par les Occidentaux.
À la mort du père de l'indépendance, Agostinho Neto, en 1979, l'actuel président du pays, José Eduardo dos Santos, prend le pouvoir. Il désamorce lentement la guerre en se tournant vers l'Occident. Après un premier cessez-le-feu en 1991 et l'organisation d'élections, les combats reprennent lorsque Jonas Savimbi, leader historique de l'UNITA, dénonce des fraudes et décide de reprendre les armes, cette fois sans plus aucun soutien international. En 1999, c'est le MPLA qui tente le coup de grâce et déclenche une offensive militaire massive contre le quartier général de l'UNITA. Les opérations se soldent par un succès, malgré la fuite de Savimbi, qui est finalement abattu le 22 février 2002.
Le 4 avril 2002, un nouvel accord de cessez-le-feu est signé, mettant fin officiellement à 27 ans d'un conflit (1975-2002) qui aurait fait un demi-million de morts. Huit ans après, organiser la CAN pour la première fois en Angola était un projet ambitieux et facteur d'unité nationale. Mais des rebelles, comme expliqué par Thomas Dossevi, semblent en avoir décidé autrement et n'en ont peut-être pas fini avec les combats, profitant de l'impact médiatique de la CAN 2010 pour agir.
Source:CAF