Aux alentours de 11h30, le 28 septembre 2009, plusieurs centaines de membres des forces de sécurité guinéennes sont entrés dans le Stade du 28 septembre à Conakry, la capitale de la Guinée, et ont ouvert le feu sur des dizaines de milliers de partisans de l’opposition qui participaient à un rassemblement pacifique. À la fin de l’après-midi, au moins 150 Guinéens ont été retrouvés morts ou mourants dans l’enceinte et à l’extérieur du stade.
Des corps jonchaient le terrain central du stade, étaient écrasés contre les portes à demi ouvertes, pendaient des murs et étaient empilés devant les portes fermées des vestiaires où quelques manifestants terrifiés avaient pu se réfugier. Des dizaines de femmes qui participaient au rassemblement ont subi des violences sexuelles d’une extrême brutalité de la part des forces de sécurité : viols individuels et collectifs, agressions sexuelles avec des objets tels que des bâtons, des matraques, des crosses de fusil et des baïonnettes. Au moins quatre femmes et jeunes filles ont été tuées pendant qu’elles étaient violées ou immédiatement après. Une femme a été tuée d’une balle dans le vagin alors qu’elle était allongée sur le dos au milieu du stade, suppliant qu’on épargne sa vie.
Au cours des heures et des jours qui ont suivi ces violences, alors que des mères, des pères et d’autres membres de familles tentaient désespérément de retrouver leurs proches, les forces de sécurité ont mené une opération de camouflage organisé : après avoir barré l’accès au stade et aux morgues, les soldats ont enlevé des dizaines de corps pour les enterrer dans des fosses communes. Pendant plusieurs jours, d’autres abus, tels que des meurtres, des viols et des pillages, ont été commis par les membres des forces de sécurité déployés dans les quartiers d’où était issue la majorité des sympathisants de l’opposition.
Plusieurs dizaines d’autres opposants ont été séquestrés de façon totalement arbitraire dans des camps de l’armée et de la police, où plusieurs d’entre eux ont subi de graves sévices, y compris des tortures. À ce jour, le gouvernement guinéen n’a mené aucune enquête et n’a pas demandé aux membres des services de sécurité du pays de rendre des comptes pour le rôle qu’ils ont joué dans les meurtres, les viols et autres abus.
Dans le cadre d’une enquête de terrain approfondie sur les événements du 28 septembre et leurs conséquences, Human Rights Watch a interrogé environ 240 personnes, parmi lesquelles des victimes blessées lors de l’attaque, des personnes présentes dans le stade pendant les violences, des proches de personnes disparues, des soldats qui ont pris part aux violences et à l’opération de camouflage du gouvernement, des membres du personnel médical, des représentants d’organisations humanitaires, des diplomates, des journalistes et des dirigeants de l’opposition.
L’enquête a révélé que la plupart des meurtres, des agressions sexuelles et autres abus décrits dans le présent rapport ont été commis par des membres de l’élite de la Garde présidentielle, notamment de l’unité directement chargée au moment des faits de la sécurité personnelle du président du CNDD, Moussa Dadis Camara. Parmi les autres auteurs de graves abus se trouvaient des gendarmes, des policiers et des hommes en civil armés de machettes et de couteaux... Lire la suite