17-Dec-09
Des dizaines de jeunes filles et de femmes guinéennes
ayant participé au rassemblement du
28 septembre au stade ont été victimes de violences sexuelles d’une extrême brutalité : des
viols individuels et collectifs, des agressions sexuelles avec les mains et des objets tels que
des bâtons, des matraques, des chaussures, des crosses de fusil et des baïonnettes. Après
l’épisode de violence qui s’est déroulé dans le stade, de nombreuses femmes ont été retenues dans des résidences privées et ont subi des viols collectifs pendant jusqu’à cinq
jours. Au moins quatre femmes et jeunes filles ont été tuées pendant ou juste après avoir
été violées. La grande majorité des crimes sexuels rapportés par Human Rights Watch ont
été commis par des membres de la Garde présidentielle et, dans une moindre mesure, par
des gendarmes, des policiers et des miliciens civils.
Il est difficile de déterminer le nombre exact de victimes ayant subit des violences sexuelles
lors du massacre du 28 septembre et des événements qui en ont découlé. À la mi-octobre,
63 victimes de violences sexuelles avaient été identifiées par une coalition de groupes de
défense de la santé et des droits humains.93 Cependant, étant donné la manière dont sont
stigmatisées les victimes de violence sexuelle dans une société guinéenne à majorité
musulmane et profondément conservatrice, on peut supposer que de nombreuses victimes
n’ont pas encore été identifiées par les organisations qui, sur place, ont pour tâche de
faciliter leur accès à des soins médicaux et psychologiques.
Les enquêteurs de Human Rights Watch ont interrogé 28 victimes d’agressions sexuelles et
documenté encore plus de cas grâce aux témoignages de personnes ayant assisté aux
violences. Sur les 28 victimes interrogées, 18 avaient été violées par plus d’un agresseur.
Les victimes questionnées par Human Rights Watch étaient âgées de 17 à 57 ans et étaient
issues de toutes classes sociales et professionnelles. Parmi elles se trouvaient notamment des commerçantes, des enseignantes, des fonctionnaires, des étudiantes, des comptables, des historiennes, des femmes de ménage, des femmes d’affaires et des journalistes.
Sur les victimes interrogées, 20 étaient issues de l’ethnie peule, cinq de l’ethnie malinké,
deux de l’ethnie soussou et une de l’ethnie wolof. La plupart des victimes interrogées par
Human Rights Watch ont pensé avoir été agressées au hasard et ont estimé que le fait
qu’une majorité d’entre elles soient des Peules s’explique par la présence disproportionnée
de personnes issues de cette ethnie lors du rassemblement d’opposition. Néanmoins,
plusieurs victimes peules affirment que leurs agresseurs ont formulé des remarques à
caractère raciste vis-à-vis de cette ethnie au moment des violences.
Les agressions sexuelles, qui pour la plupart ont été commises sous les yeux d’autres 
membres des services de sécurité et participants au rassemblement, ont commencé
quelques minutes après que les forces de sécurité ont pris d’assaut les portes du stade au
matin du 28 septembre. Les victimes et les témoins ont décrit comment des groupes de
soldats de la Garde présidentielle ont acculé ou poursuivi les victimes paniquées qui
fuyaient les coups de feu. Des femmes qui essayaient de grimper aux murs ou d’escalader
les barrières pour s’échapper ont été rattrapées et forcées à descendre sous la menace des
armes. Celles qui se cachaient sous les sièges et les tables du stade ont été violemment
sorties de leur cachette. Une fois leurs victimes maîtrisées, les agresseurs ont arraché leurs vêtements ou les ont lacérés à l’aide d’un couteau, blessant souvent les victimes au
passage de la lame. Après avoir immobilisé ces dernières au sol ou contre les sièges du
stade, les agresseurs les ont violées rapidement à tour de rôle. De nombreux témoins ont dit
avoir vu des groupes comptant jusqu’à 10 victimes être violées simultanément les unes à
côté des autres par un agresseur seul ou un groupe d’agresseurs.
Les viols ont eu lieu à l’intérieur du stade et dans plusieurs lieux situés aux alentours du
stade, comme les douches situées à proximité, les terrains de basketball et l’annexe du
stade. En plus d’avoir été violées dans le stade, cinq des victimes interrogées par Human
Rights Watch ont déclaré avoir été forcées par la Garde présidentielle à sortir du stade et
d’une clinique où elles s’étaient rendues pour recevoir des soins pour se rendre dans au
moins deux résidences privées distinctes, où elles ont subi des viols collectifs et d’autres
formes de violence physique et psychologique pendant plusieurs jours et plusieurs nuits.
Les violences sexuelles étaient la plupart du temps accompagnées d’insultes dégradantes
et de menaces de mort, rendues d’autant plus terrifiantes par le fait que les agresseurs
n’hésitaient pas à tuer au hasard les manifestants autour d’eux. De nombreuses victimes
ont décrit la terreur sans nom qu’elles ont ressentie lorsque les agresseurs hésitaient à voix haute à les tuer, ou promettaient de le faire une fois le viol terminé. Dans de nombreux cas, les témoins ont vu ces menaces portées à exécution.
Femmes tuées par les forces de sécurité pendant ou après l’agression sexuelle. Nombre de victimes de violences sexuelles et de témoins interrogés par Human Rights Watch ont décrit le supplice subi par au moins quatre femmes et jeunes filles, lesquelles ont été tuées par des membres de la Garde présidentielle pendant qu’elles étaient violées ou immédiatement après. Une victime a reçu un coup de baïonnette dans le vagin, une autre a reçu une balle dans le ventre et une troisième victime a reçu une balle dans la tête après avoir été violée. Une autre femme a reçu un coup de fusil dans le vagin alors qu’elle était allongée sur le dos dans le stade, suppliant qu’on épargne sa vie.
Une femme d’affaires de 30 ans violée par deux Bérets rouges sur la pelouse du stade a
raconté comment une jeune femme a été violée puis tuée d’une balle tirée à bout portant
dans la tête : Le jour de la marche, j’ai rencontré une femme du nom de K. Une fois à
l’intérieur, nous étions assises côte à côte et quand les tirs ont commencé, nous avons bougé au même moment. Quand nous sommes arrivées sur le
terrain, un groupe de quelques huit Bérets rouges nous ont attrapées. Lorsqu’on a tenté de
nous enfuir ils nous ont terrassées, nous forçant à la terre. Environ cinq d’entre eux se sont jetés sur moi et les autres se sont
attaqués à elle. Ils m’ont arraché mes vêtements et me tenaient les bras et les jambes. Deux d’entre eux m’ont violée. K. était juste à un mètre de distance. Entre le premier à me violer et le second, K. a été tuée. J’ai vu le
soldat qui l’avait violé se lever, prendre son fusil et lui tirer dans la tête. Je l’ai entendue crier : « Ils vont nous tuer ». C’était horrible. J’étais certaine qu’ils allaient me tuer après ce qu’ils ont fait.
Une femme de ménage de 26 ans ayant subi un viol collectif perpétré par trois membres de
la Garde présidentielle dans le stade a raconté en sanglotant comment une femme a été
violée puis tuée d’une balle dans le ventre :
Ils ont déchiré mon pantalon avec un couteau et trois m’ont violée, l’un après
l’autre. Ils ont pointé leurs armes sur moi, en disant qu’ils allaient me tuer, et
ils m’ont frappée avec leurs fusils. Après avoir fini, ils m’ont frappée dans
mon sexe. Au même moment, j’ai vu une petite fille à environ cinq mètres de
l’endroit où j’ai été violée. Après avoir fini avec elle, l’un d’eux lui a tiré dans
le ventre là où elle était couchée. Ils lui ont tiré dessus avec un de leurs fusils.
J’ai vu le sang qui coule sur son corps.... J’ai vu cela juste après qu’ils ont fini
avec moi, mais ce n’était pas le même groupe.95
Une fonctionnaire de 41 ans ayant été violemment frappée par un groupe de soldats de la
Garde présidentielle, puis violée par l’un d’entre eux, a décrit le viol et le meurtre d’une
jeune femme tuée d’une balle dans le vagin :
J’ai lutté pour aller sur le terrain dans la bousculade et en poussant les gens.
Mais une fois arrivée, j’ai été terrassée au sol par cinq Bérets rouges. Ils ont
déchiré mes vêtements avec un couteau dentelé. Au bout de la manche, il y
avait du crin de cheval. Ils me donnaient des coups de pieds et me battaient.
L’un m’a violée alors que les autres me tenaient au sol. Je me débattais et ils
me frappaient de plus en plus. Le violeur était rapide. J’ai fermé les yeux
alors qu’il était sur moi. Je n’ai pas eu le courage de le regarder. Comme
j’avais de la peine à me lever, j’ai remarqué une femme d’environ 22 à 25 ans
qu’on violait à environ 10 mètres. Il y avait près cinq Bérets rouges autour
d’elle. L’un d’eux, après avoir fini de la violer, prit son fusil, le fourra le canon
dans le vagin de sa victime et tira. En ce moment, elle les a prié : « Aide-moi,
non, excusez-moi s’il vous plaît, s’il vous plaît, je suis désolée ». Oh mon
Dieu ... je les ai vus mettre cette arme à l’intérieur d’elle et tirer ... elle était
couchée sur son dos, les bras écartés. Cela s’est passé très vite.96
Une enseignante de 35 ans ayant été violée par un groupe de trois Bérets rouges a raconté
comment une femme a reçu un coup de baïonnette dans le vagin à quelques mètres d’elle :
Lorsque les tirs ont commencé, j’ai essayé de courir, mais les Bérets rouges
m’ont attrapée et m’ont traînée au sol. L’un d’eux m’a frappée deux fois sur
la tête avec la crosse de son fusil. Et quand je suis tombée les trois se
jetèrent sur moi. L’un dégaina son couteau et déchira mes vêtements tout en
me blessant au dos. J’ai essayé de me débattre, mais ils étaient trop forts.
Deux m’ont maintenu à terre tandis que l’autre me violait. Ils ont dit qu’ils
allaient me tuer si je ne leur laisse pas de faire ce qu’ils voulaient. Ensuite, le
second m’a violée, puis le troisième. Ils me battaient tout le temps, et ont dit
à maintes reprises qu’ils allaient nous tuer tous. Et je les croyais. A environ
trois mètres, une autre femme avait été violée, et lorsqu’ils ont fini, l’un
d’eux a pris sa baïonnette et l’enfonça dans son vagin puis lécha le sang qui
s’y trouvait. J’ai vu cela, juste à côté de moi ... j’ai été tellement effrayée
qu’ils ne le fassent à moi aussi.97
Plusieurs témoins ont décrit comment d’autres manifestants ont essayé d’empêcher les
agresseurs de violer les victimes, qu’elles aient été seules ou en groupe. Certains d’entre
eux ont été violemment battus. Une femme âgée d’une cinquantaine d’années qui tentait
d’empêcher le viol de deux jeunes femmes a reçu un coup de couteau de la part d’un Béret
rouge. L’une des deux jeunes femmes, une couturière de 29 ans, pensait que la
quinquagénaire avait succombé à ses blessures. Cependant, un médecin urgentiste
interrogé par Human Rights Watch a affirmé avoir soigné une victime dont les blessures
correspondaient à celles décrites par le témoin.98 La jeune femme a décrit l’incident à
Human Rights Watch :
Je me suis enfuie avec deux autres, une femme âgée d’environ 55 ans et une
jeune fille de 18 ans. Nous avons été surpris par quatre Bérets rouges sur le
terrain, ils ont pointé leurs armes sur nous et arraché nos vêtements. La
femme plus âgée les a supplié de nous épargner : « Ce sont mes filles, elles
sont des jeunes femmes, laissez-les ». Mais ils ont dit : « Non, c’est un ordre
que nous devons exécuter ». Lorsque la femme a insisté, l’un des Bérets
rouges l’a empoignée par derrière puis arraché son habit et coupé son sein
droit en faisant un mouvement circulaire avec son couteau. Alors que la
vieille femme saignait, ils ont donné un coup de pied ... elle ne bougeait
plus.99
Extrême violence des agressions sexuelles
Les agressions sexuelles ont été pour la plupart accompagnées d’une extrême violence
physique. Les victimes ont dit avoir reçu des coups de pied et avoir été rouées de coups de
poing, de bâtons, de matraques et de crosses de fusil avant, pendant et après l’agression
sexuelle. Nombre des victimes interrogées par Human Rights Watch ont soulevé leurs
vêtements pour montrer leurs ecchymoses, les traces de coupures sur leur dos, leurs fesses
et leurs membres, et les marques d’ongles sur leurs cuisses, leurs poignets et leur ventre.
Plusieurs femmes ont montré à Human Rights Watch les vêtements et sous-vêtements
qu’elles portaient le jour de l’attaque, couverts de sang. Nombre d’entre elles ont affirmé
qu’elles avaient continué de saigner plusieurs jours après les violences.
Une commerçante de 27 ans présentant des coupures sur les mains, le dos et le ventre a
raconté son calvaire :
J’ai essayé d’escalader une clôture pour m’enfuir, mais je n’ai pas eu la force.
Et quand je suis tombée, un Béret rouge m’a traînée jusqu’à un couloir où il y
avait trois autres. L’un pointa son arme sur moi et m’ordonna d’enlever mon
pantalon. J’ai refusé et ils ont commencé à me frapper. Ils ont arraché mon
pantalon. On m’a forcée à me mettre à genoux. Ils me frappaient les jambes
en les écartant de force. Trois d’entre eux ont mis leurs doigts dans mon sexe,
puis un autre a mis son sexe en moi. D’autres Bérets rouges s’activaient sur
d’autres jeunes filles qu’ils avaient prises à peu près au même moment. Ils
ont dit : « Tu es une pute, une chienne ... tu verras, on va tous vous tuer ». Je
ne pouvais à peine marcher. Je suis tombée à plusieurs reprises. J’avais
tellement mal et pendant plusieurs jours, je saignais. Je n’ai jamais imaginé
que les soldats allaient penser ou avoir le temps de violer lors de cette
attaque. Je ne suis pas encore mariée et j’ai peur de ne pas pouvoir me
marier maintenant.100
Une enseignante de 35 ans violée par deux Bérets rouges a montré à Human Rights Watch
plusieurs ecchymoses ainsi que des marques d’ongles sur ses cuisses :
J’ai couru quand j’ai vu les Bérets rouges entrer par la porte principale, mais
un groupe d’entre eux m’intercepta près de la porte principale. On tirait tout
autour de moi et les gens tombaient raide mort. L’un d’eux déchira mes
vêtements, tandis que d’autres me donnaient des coups de poings. Quand
ils ont déchiré mes vêtements, ils ont vu que je voyais mes règles. L’un d’eux
retira le tampon et le força dans ma bouche. Puis, il enfonça ses mains en
moi, saisissant violemment, grattant, creusant l’intérieur de mon vagin et
mes cuisses avec ses ongles. Comme je me tordais de douleur et me
débattais pour me libérer d’eux, deux autres ont aussi enfoncé la main au
fond de moi de la même façon. Après cela, ils m’ont laissé couchée le visage
contre la terre, complètement nu sur la pelouse. Mon corps me faisait si mal,
mais mon coeur ressentait plus de douleurs.101
Une jeune fille de 17 ans a raconté qu’elle a été coupée avec un objet tranchant alors qu’elle
était violée par un Béret rouge :
J’ai été attrapée près du terrain de basketball par quatre soldats en bérets
rouges. Ils ont déchiré mes vêtements et tandis que trois d’entre eux
m’immobilisaient, l’un par chaque pied, un par mes bras, l’autre me violait.
J’étais vierge avant cette date. Je me battais vraiment et criant pour tenter
d’échapper et de les empêcher de faire cela à moi. Alors qu’on me violait,
l’un de ceux qui me tenait me lacérait les pieds, les jambes, et la poitrine
avec un objet pointu. Je ne voyais pas ce que c’était ; tout ce que je sais,
c’est que j’ai eu de nombreuses coupures. Je n’étais pas la seule à être
violée, il y avait peut-être 10 autres filles autour de moi qui ont été violées
par d’autres groupes de soldats. Après avoir fini d’être violée par le premier,
un groupe de jeunes ont commencé à jeter des pierres sur les militaires pour
les empêcher de violer les femmes, et les soldats ont commencé à les
poursuivre. C’est pourquoi je n’ai pas été violée par quatre autres.102
Une femme de 57 ans présentant de nombreuses ecchymoses sur le corps et des coupures
sur le bras droit, la poitrine et les fesses a raconté l’attaque lors de laquelle elle a été violée
par un soldat :
J’ai essayé de m’échapper, mais je suis vieille et je ne peux pas courir très
vite. Je souffre vraiment. Un soldat a déchiré mes vêtements avec un couteau
jusqu’à ce que je devienne complètement nue. Il m’a poignardé dans les
fesses, puis m’a violée, tandis que d’autres me battaient avec la crosse de
leurs fusils et des coups de pied. Je suppliais celui qui me violait en disant :
« Non, ne faites pas cela, je suis ta mère ». Mais il répondit : « Tu penses que
tu es ma mère? Hah! » Puis, il me battait encore plus. Je suis un Hadja103 et
même s’ils m’ont laissée complètement nue. Je ne sais pas pourquoi ils ont
fait cela.104
Une femme de 53 ans ayant surpris des soldats de la Garde présidentielle en train de donner
des coups de pied à une jeune femme dans ses parties génitales a raconté la scène :
Juste devant l’entrée principale, j’ai vu trois Bérets rouges et un portant un
casque déshabiller une femme nommée F. Deux d’entre eux ont écarté ses
jambes et l’autre, avec force, lui donne un coup de pied avec sa botte dans le
vagin, puis dans les côtes. Elle ne pouvait plus marcher. C’est la Croix-Rouge
l’a finalement évacuée pour des soins.105
Viols avec objets
Plusieurs victimes et témoins ont dit avoir vu des femmes se faire violer avec des objets tels
que des bâtons, des matraques, des chaussures, des crosses de fusil, des couteaux et des
baïonnettes. L’une des victimes interrogées par Human Rights Watch a été violée avec un
morceau de bois. Les victimes de ces agressions violentes ont la plupart du temps été vues
allongées sur le sol, du sang coulant de leurs parties génitales. Plusieurs témoins pensent
que les victimes étaient mortes mais Human Rights Watch n’a pas pu confirmer cette
information. Les médecins et les infirmières interrogés par Human Rights Watch ont dit avoir
soigné plusieurs femmes présentant des blessures infectées au niveau des parties génitales
dues à des éclats de bois et d’autres ayant subi des lésions internes parce qu’elles avaient
été violées avec une crosse de fusil ou d’autres objets. Au moins une victime a succombé à
ses blessures dans la salle des urgences de l’hôpital.106
Une comptable âgée de 36 ans, violée avec un gros morceau de bois par un groupe de
soldats de la Garde présidentielle, a raconté son clavaire :
Sur la pelouse, j’étais entourée par un groupe de Bérets rouges. Ils ont
déchiré ma chemise, mon pantalon, et mes sous-vêtements. Un vieil homme
qu’ils avaient attrapé en même temps que moi leur a dit de ne pas me faire
du mal. Mais quand il dit cela, un Béret rouge a sorti son pistolet et lui a tiré
trois fois ... comme ça ... devant moi. L’un d’eux me frappa, l’autre me coupa
avec un couteau. Puis un autre a crié : « Apportez-moi ce morceau de bois! »
puis, l’enfonça dans mon sexe. Deux d’entre tenaient mes bras et les autres
me tenaient par les jambes. Ils l’ont forcé [le morceau de bois] en moi une,
deux, trois fois.... Je pense qu’ils allaient continuer jusqu’à ce que je meure.
Ils ont seulement cessé lorsque l’un des Bérets rouges a dit : « Stop ! Ça
suffit maintenant. » Ils m’ont laissée complètement nue. J’ai eu de
nombreuses blessures en moi qui sont infectées. Je souffre beaucoup.107
Une vendeuse ambulante de 27 ans ayant été violée par un groupe de quatre soldats de la
Garde présidentielle a vu une autre femme se faire violer avec un canon de fusil et, alors
qu’elle s’enfuyait, encore une autre femme avec une chaussure enfoncée dans le vagin :
Lorsque les Bérets rouges ont fait irruption dans la zone couverte du stade,
je savais que je ne pouvais pas fuir. Je me suis donc cachée sous les chaises.
Malheureusement, ils m’ont trouvée et m’ont tirée par les cheveux. Ils ont
mis un pistolet sur ma tête. L’un disait : « Tue-la », mais un autre a dit non.
Puis ils ont enlevé mon pantalon et ordonné de me courber sur les chaises.
Ensuite, ils m’ont violée tous les quatre. Juste à quelques mètres, un autre
groupe a complètement déshabillé une jeune fille d’environ 20 ans et
poussa le canon du fusil dans son sexe. Elle cria une seule fois et tomba. Je
ne sais pas si elle en était morte ... elle a à peine bougé et c’est en ce
moment que j’essayais de m’échapper. En courant vers la porte principale,
j’ai vu une parente éloignée morte. Elle était étendue avec une chaussure qui
ressort de l’intérieur de son vagin. Sa blouse était à moitié défaite. Je ne sais
pas ce qui l’a tuée, mais j’ai vu du sang sur tout son corps. Nous n’avons pas
retrouvé son corps depuis ce jour.108
Une infirmière employée dans un hôpital où se sont rendues les victimes des agressions du
28 septembre a relaté une conversation qu’elle a eue avec une jeune femme violée avec un
canon de fusil, avant que celle-ci ne succombe à ses blessures :
L’une des personnes blessées était une jeune femme qui a dit qu’elle
s’appelait L. Elle ne connaît pas son âge, mais semblait avoir environ 16 ans.
Elle a été gravement blessée. Elle m’a dit que les militaires se sont d’abord
couchés sur elle [ils l’ont violée] puis, l’ont violée avec un pistolet. La nature
de sa blessure était extrême, suggérant une hémorragie grave. Elle avait
perdu beaucoup de sang avant son arrivée. Je lui ai dit : « Tu vas aller
mieux ... accroche-toi ». Mais elle a dit : « Non, je vais mourir ». Elle est morte
quelques minutes plus tard.109
Alors qu’elle se cachait dans un local situé dans l’enceinte du complexe sportif, une gérante
de 52 ans a surpris un groupe de soldats en uniforme portant des bérets rouges
apparemment étrangers en train de violer une femme qui semblait morte avec un morceau
de bois. Elle a raconté la scène :
Je suis restée dans cette salle, cachée sous une table pour un long moment.
De là, je pouvais voir dans le stade par un petit trou. Lorsque la situation se
calmait un peu, j’ai vu les Bérets rouges apporter trois corps et les déposa.
Ils dansaient et chantaient dans une langue qui n’était pas de la Guinée.
L’un des corps était une femme. Ils ont pris un morceau de bois d’un mètre
de long qu’ils ont introduit dans son sexe et la violait avec. Ils dansaient
comme ils l’ont fait. Je n’ai aucune idée si la femme était morte ou vivante,
mais elle ne bougeait pas et j’ai supposé qu’elle était morte. Les hommes
étaient habillés en tenue de camouflage avec des bérets rouges et des
colliers de coquillages. Quand j’ai vu cela, je ne pouvais pas le supporter ...
j’ai commencé à pleurer.110
Un témoin a rapporté que pour punir, selon toute vraisemblance, une femme qui avait
essayé de fuir un groupe de soldats de la Garde présidentielle et de gendarmes, ces derniers
l’ont violée avec un canon de fusil :
J’ai vu un groupe de beaucoup de femmes, des jeunes et des âgées qu’on
conduisait hors du stade, toutes complètement nues. Il y avait des militaires
autour d’elles, des Bérets rouges et des gendarmes. L’une des femmes du
groupe a essayé de s’enfuir, mais deux soldats l’ont rattrapée et la terrassée
par terre, puis écarté les jambes et enfonça le canon de l’arme à feu dans
son vagin. Ils n’ont pas tiré, mais le second continuait de la piétiner. Elle a
ensuite été ramenée au groupe.111
Enlèvements et viols
Cinq femmes interrogées par Human Rights Watch ont été enlevées du stade par des
membres de la Garde présidentielle, puis emmenées vers au moins deux grandes propriétés
privées où elles ont été retenues contre leur volonté et violées par différents agresseurs
armés, vêtus d’un uniforme militaire et parfois masqués, pendant trois à cinq jours. Toutes
ont subi des traitements extrêmement humiliants et ont reçu de nombreux coups et des
menaces de mort. Chacune d’elles était isolée dans une chambre, apparemment fermée à
clé de l’extérieur. Trois d’entre elles ont dû boire du thé dans lequel on avait dilué une
substance narcotique. L’une d’elles a été forcée à boire de l’alcool et à avaler une substance
blanche qui selon elle était de la cocaïne. Toutes les victimes interrogées ont été relâchées
au coin d’une rue, soit tôt le matin soit tard le soir, nues ou avec uniquement un petit
morceau de tissu pour se couvrir.
Deux des cinq femmes avaient au départ été emmenées par des membres de la Garde
présidentielle au centre de santé de Ratoma, dans le quartier du même nom. Au bout de 30
minutes, alors qu’elles attendaient toujours de voir un médecin pour faire soigner les
blessures qu’elles s’étaient vu infliger au stade, elles ont dû monter dans un camion
militaire sous la menace d’une arme pour être emmenées dans une maison où elles ont
passé les quatre nuits suivantes. Les responsables de la clinique interrogés par Human
Rights Watch ont nié les faits,112 mais un membre de l’équipe médicale qui travaillait ce jourlà
au centre de santé a confirmé que l’enlèvement avait bien eu lieu.113
Il est difficile de connaître le nombre exact de femmes qui ont été détenues dans ces
résidences privées, ou encore de savoir si les cinq victimes interrogées par Human Rights
Watch étaient enfermées dans plus de deux lieux différents. Les deux femmes enlevées au
centre de santé de Ratoma ont affirmé, alors qu’elles ont été interrogées séparément, que
sept femmes au total ont été enlevées au centre et détenues pendant quatre nuits dans un
même lieu. Les autres victimes ont affirmé qu’elles étaient respectivement six, douze, et
trois dans les maisons où elles avaient été emmenées.
Une femme de 42 ans détenue dans une maison et victime de viols collectifs pendant trois
jours a raconté son calvaire à Human Rights Watch :
En essayant de m’enfuir des coups de feu tirés [dans le stade], j’ai vu un
petit groupe de Bérets rouges violer une jeune femme. L’un d’eux enfonça
son fusil dans son sexe et a tira. Elle ne bougea plus. Oh Dieu, chaque fois
que je pense de cette fille mourir de cette façon ... je ne peux pas le
supporter. Et tout de suite après, un autre Béret rouge m’a attrapé par
derrière me tenant très fort et me dit : « Viens avec moi, ou je vais te faire la
même chose ». Il m’a conduit à un camion militaire sans fenêtres. Il y avait là
environ 25 jeunes hommes et six femmes, y compris moi. Après une certaine
distance ils se sont arrêtés et les soldats ont dit à trois ou quatre femmes de
descendre. Plus tard, ils se sont arrêtés devant une deuxième maison où ils
ont dit aux femmes qui sont restées de descendre. J’ai immédiatement été
conduite dans une pièce et la porte a été fermée à clé derrière moi.
Quelques heures plus tard, trois d’entre eux entrèrent dans la chambre. Tous
habillés en tenues militaires et avec des bérets rouges. L’un d’eux avait un
petit récipient de poudre blanche. Il y trempa son doigt dedans et le força
dans mon nez. Puis, tous les trois m’abusèrent. Le lendemain, ils m’ont
abusé à nouveau mais après, d’autres sont venus deux par deux. Je ne sais
pas combien ou qui sont-ils. Je sentais mon vagin brûler et meurtri. J’étais
tellement fatigué et hors de ma tête. Les trois premiers se regardaient entre
eux quand ils me violaient. L’un avait une bouteille de whisky. Il l’a posa sur
la table et demanda : « Tu bois l’alcool ? » J’ai dit non. Puis il dit : « Ça c’était
avant, maintenant, si tu veux quitter ici, tu vas boire ».
J’étais là pendant trois jours. Parfois je suis obligée prendre l’un d’eux dans
ma bouche et l’autre derrière. J’avais tellement honte. Ils m’ont dit : « Tu ne
penses vraiment pas sortir d’ici en vie, n’est-ce pas ? Et parfois ils discutent
entre eux : « Faut-il la tuer maintenant ? » « Non ... utilisons-la d’abord avant
de la tuer. » Chaque fois j’entendais des pleurs de femme à partir d’une
pièce voisine : « S’il vous plaît, s’il vous plaît ... oh mon Dieu, je vais mourir ».
Le dernier jour à 6 heures du matin, les soldats ont mis une couverture sur
ma tête et me conduisirent pendant un certain temps pour me laisser au coin
d’une rue, toute nue.
Une femme d’affaires de 26 ans enlevée par des membres de la Garde présidentielle au
centre de santé de Ratoma a relaté son expérience :
Lorsque la fusillade a commencé [au stade], je me suis échappée à travers
une petite porte. Ou du moins, je pensais que je m’étais échappé. De l’autre
côté, j’ai été arrêtée par les Bérets rouges et ordonnée de monter dans un
camion vert. À l’intérieur se trouvaient plusieurs Bérets rouges. Nous avons
attendu là pendant quelques minutes pendant qu’ils embarquaient plus de
filles. Puis ils nous ont conduite au Centre de santé de Ratoma où ils ont dit à
certaines d’entre nous de descendre.
Environ 30 minutes plus tard, les militaires sont revenus. Nous n’avions
même pas fini le processus d’enregistrement ou vu un médecin. Près de six
des Bérets rouges sont venus au Centre de santé, quelques-uns d’entre eux
avaient leur visage masqué. L’un d’eux a tiré un coup de feu. Puis ils ont
pointé leurs armes sur nous et nous ont fait signe d’aller en disant, « Vous,
vous, et vous ». En allant vers le véhicule, on pleurait et ils nous battaient en
nous disant de monter.
Ils nous ont emmenés dans une villa, mais la voiture n’avait pas de fenêtre
donc je n’ai aucune idée où c’était. C’était une grande maison avec une
grande cour entourée d’un mur élevé. J’ai vu beaucoup de soldats se
promener. Une fois que nous y sommes arrivés ils ont mis chacun de nous
dans une autre pièce. Plus tard cet après-midi on m’a apporté le thé, qui a
été drogué. J’ai tout de suite eu des vertiges et a perdu conscience. J’ai été
séquestrée pendant quatre nuits, totalement nue.
Je ne sais pas qui étaient ces gens, ils étaient en uniforme et toujours
masqués. Ils buvaient de l’alcool tout le temps. Ils venaient tous les soirs ...
parfois un seul et des fois trois en même temps. Ils ont dit d’oublier nos
dirigeants politiques, qu’ils allaient rester au pouvoir. Ils étaient très rudes,
ils enfonçaient mon estomac avec leurs fusils, me disant que si je résistais
qu’ils allaient me tuer, tuer tous les Peuls. Le 2 octobre, on nous a fait sortir
toutes les sept. Avec un masque sur les yeux, nous avons été libérées à un
rond-point de la ville. J’ai tellement peur d’attraper le VIH et le transmettre à
ma famille.
Source ; Rapport de Human Rights Watch