Écrit par Aboubcar Mamadou Camara
25-07-2009
Présidente de ‘’Sogué Nènè’’ Christelle Le Chat, jeune française de 27 ans, a foulé le sol guinéen il y a de cela six ans. Et depuis deux ans qu’elle y vit. Elle est la présidente d'une association guinéenne, ‘’Sogué Nènè’’, créée, il y a un an et demi, et qui oeuvre pour le développement et la promotion de la culture urbaine. Parallèlement, elle s’occupe des Arts et de la Culture à la Maison des Jeunes de Kipé. Elle a plus de cordes à son arc: administratrice du nouveau centre de formation des Métiers du Spectacle au Jardin du 2 Octobre et animatrice de l’émission Nimba sur Sabari FM. Entretien...
Le Jour : Vous venez en Guinée depuis maintenant plus d'une demi-décennie, qu’est ce qui se cache derrière cet amour pour ce pays ?
Christelle LE CHAT: On va dire que la Guinée m'a prise! Comme m'a dit un jour, un ancien Directeur National de la Culture , « la Guinée n'attire pas, mais elle retient ». Et dans mon cas, ça s'est avéré complètement vrai. La première fois qu'on m'a proposé de venir (pour un stage à Kamsar dans le cadre de mes études), je ne connaissais absolument pas la Guinée , mais l'Afrique m'attirait. Je suis donc partie deux mois à Kamsar, en pleine saison des pluies et j'ai kiffé. Ici, je retrouvais des gens qui vivent! Ici, on vit!! En France, tout est tellement saturé, le bonheur d'une personne se mesure à ce qu'il possède ou ce qu'il consomme. Nous sommes dans une société de consommation abusive qui détruit petit à petit le monde. On a pu le voir avec la crise récente. Donc j'avais le choix: contribuer au surdéveloppement de la société qui tue petit à petit la jeunesse ou participer au développement d'un pays qui passe forcément par la jeunesse. J'ai vite choisi! Ici, quelque chose se passe, quand je suis rentrée voir mes parents la première fois, je n'étais plus la même, quelque chose avait changé! Et c'était plus que positif! C'est ce qui m'a fait dire que je voulais participer au développement de la Guinée comme la Guinée avait participé à mon propre développement.
Lejour: Quels sont les objectifs de votre association Sogué Nènè ?
Christelle LE CHAT: Sogué Nènè est une association qui oeuvre dans le domaine socioculturel pour la promotion et le développement de la culture urbaine guinéenne. La culture de la rue est celle qui parle le plus à la jeunesse, celle que les jeunes entendent car elle parle de leur réalité. De nombreux groupes de rap ou de reggae évoluent à Conakry mais ils ne bénéficient pas de l'encadrement ou de la formation nécessaire. Sogué Nènè se veut être une structure apportant cela aux jeunes artistes. Sogué Nènè ne fait pas de demi-mesure, tout ce qui doit être organisé par la structure doit être des évènements de qualité, sinon on ne s'engage pas. Il ne faut plus encourager la médiocrité. La culture urbaine guinéenne a de grandes potentialités, aussi faut-il l'encourager par du professionnalisme et de la rigueur dans le travail. L'autre objectif de Sogué Nènè, qui est essentiel, est de ramener la culture à la rue afin qu'elle soit à la portée de toute la population. Car on voit que les grands spectacles ne peuvent profiter qu'à une « élite » qui a les moyens. Or la culture doit se retrouver dans tous les foyers et toucher tout le monde. C'est pour cela que lorsque l'association a fait venir Benny Prasad, le plus grand musicien voyageur au monde, on aurait pu le faire jouer au CCFG ou au Palais, mais l'objectif était de le mettre à la portée de la population; donc nous l'avons fait jouer à la Maison des Jeunes de Kipé, en concert gratuit. Et il y a eu un très bel échange avec Ba Cissoko, c'était un grand moment et ça les jeunes du quartier de Kipé ont eu la chance d'y participer.
Le Jour:
Présidant aux destinées des Arts et de la Culture de la maison des jeunes de Kipé à Conakry, vous êtes une jeune française qui se déploie beaucoup pour la culture en Guinée. Quelles sont vos motivations et vos ambitions pour cette jeunesse ?
Christelle LE CHAT: Les maisons des jeunes en Guinée ont été mises de côté, tout comme la culture d'ailleurs, comparativement à l'époque de Sékou Touré où la culture guinéenne resplendissait internationalement. L'art n'est plus aussi valorisé et l'un des objectifs que je me suis donné par rapport à la Maison des Jeunes de Kipé, c'est de redonner aux enfants de ce quartier le goût de l'art et la créativité qui l'accompagne. Pour le moment, nous mettons en place des ateliers de jonglage, de danse hip hop ou encore d'arts plastiques. Nous faisons les choses avec vraiment le peu de moyens que nous avons, mais nous avons l'amour de ce que nous faisons et c'est ce qui mènera à la réussite. De plus, les enfants n'ont pas tous la chance de partir en vacances, loin de là. Donc nous souhaitons que la Maison des Jeunes devienne un lieu où cette jeunesse se retrouve pour créer, s'amuser, grandir et évoluer positivement.
Le Jour:
Selon vous, quelles sont les difficultés que les jeunes rencontrent aujourd’hui dans l’ensemble?
Christelle LE CHAT: Les difficultés sont nombreuses, mais la première des choses, je pense, c'est le manque de formation. Tout le monde s'improvise un peu dans tel ou tel métier sans réelle qualification. Or, les jeunes sont vraiment en demande par rapport à cela. Au centre de formation qu'on vient d'ouvrir, on y a fait deux semaines de formation gratuite en informatique. Et l’affluence était telle que ça devenait même difficile à gérer. Les jeunes ne demandent que ça mais la période est tellement difficile que c'est le manque de moyens qui bloque les choses. Je demanderai à l'Etat de réellement s'impliquer dans le développement de la culture, mais sans oublier la jeunesse. Pour le grand festival d'Alger, l’Etat n’a jeté son dévolu que sur les anciens ballets ou les troupes traditionnelles. Tout cela fait partie du patrimoine, mais en faisant cela, on en a oublié toute cette culture jeune et moderne qui est très développée dans le pays.
Le Jour:
Votre message...?
Christelle LE CHAT: Je souhaiterais réellement que tout soit fait au niveau de l'Etat pour développer et revaloriser la culture. Il est devenu impossible de rivaliser ou de penser un jour dépasser l'occident d'un point de vue technologique. Là-bas, la technologie avance à grands pas, mais l'évolution de la conscience ne se fait pas aussi vite puisqu'on s'en sert encore pour détruire plutôt que construire. Cherchons à l'intérieur de nous ce que nous avons de plus riche, développons nos qualités plutôt que de tenter de faire apparaître ce qui nous manque!
Propos recueillis par
Aboubacar M. Camara et J. Morgan